L'Amérique latine achète une autre France : 36 % du vin français qu'elle importe est effervescent
Les effervescents représentent 12 % de la production française, mais 36 % du vin français exporté vers l'Amérique latine : du champagne et, surtout, des mousseux sans appellation. Le crémant, le Rhône, la Loire, le Languedoc et l'Alsace y sont presque absents. Et chaque région du monde a sa propre façon d'acheter français.
Sur 100 litres de vin produits en France, 12 sont effervescents : 8 de champagne et 4 de crémant ou d'autres effervescents d'appellation, comme la Clairette de Die ou la Blanquette de Limoux. Sur 100 litres exportés vers l'Amérique latine et les Caraïbes, 36 sont effervescents : 14 de champagne, 20 de mousseux sans appellation et à peine plus d'un litre de crémant. À l'inverse, le Rhône, la Loire, le Languedoc-Roussillon et l'Alsace pèsent 17,5 % de la production, mais seulement 6,2 % des volumes exportés vers la région, contre 18,4 % vers les États-Unis et le Canada.
L'Amérique latine n'achète donc pas un échantillon de la production française, mais une sélection : des bulles, du bordeaux et du bourgogne. D'autres régions du monde s'éloignent aussi du profil de la production, mais elle est l'une de celles qui s'en éloignent le plus.
Pour le mesurer, Vinalitica a rapproché deux séries officielles de la douane française : les déclarations de récolte (moyenne 2022-2024) et les exportations (moyenne annuelle 2023-2025). La France produit en moyenne 31,7 millions d'hectolitres de vin par an, avec ou sans indication géographique, hors vins destinés aux eaux-de-vie ; les effervescents sont comptés à partir des déclarations par appellation. Elle exporte chaque année 18,4 millions de litres vers les 44 destinations d'Amérique latine et des Caraïbes, soit 1,5 % de ses exportations de vin en volume, pour 200,1 millions d'euros (1,8 % en valeur).
Près de deux fois plus de champagne que dans la production, et la moitié de la valeur
Le champagne pèse 7,9 % de la production française (2,51 millions d'hectolitres par an de vin destiné à l'élaboration du champagne, réserve comprise) et 9,6 % des exportations en volume. Vers l'Amérique latine, sa part monte à 14,3 %. En valeur, c'est la moitié : 101,0 millions d'euros par an, soit 50,5 % de la valeur exportée vers la région, contre 35,0 % pour l'ensemble des exportations françaises. Le champagne exporté vers la région est aussi plus cher : 38,2 euros le litre déclaré, contre 33,8 en moyenne toutes destinations.
Le crémant, lui, arrive à peine en Amérique latine. Les effervescents d'appellation autres que le champagne pèsent 3,9 % de la production et 3,5 % des exportations en volume, mais seulement 1,4 % des volumes exportés vers la région. Cette catégorie réunit notamment les crémants d'Alsace, de Loire, de Bourgogne et de Bordeaux, le Saumur, le Vouvray, la Clairette de Die et la Blanquette de Limoux.
En volume, les bulles exportées vers l'Amérique latine sont surtout des mousseux sans appellation ni indication géographique, déclarés à 3,1 euros le litre : 20,1 % des volumes, contre 4,2 % pour l'ensemble des exportations. La région absorbe 7,3 % de ces mousseux exportés par la France, alors qu'elle ne pèse que 1,5 % de ses exportations de vin ; la Colombie (0,76 million de litres par an) et le Brésil (0,74) en sont les premières destinations. Les déclarations de récolte ne permettent pas de les isoler : élaborés à partir de vins sans indication géographique, ils y sont comptés comme tels.
Bordeaux et Bourgogne gardent leur poids en volume, pas en valeur
Bordeaux pèse 11,5 % de la production et 11,8 % des volumes exportés vers l'Amérique latine ; la Bourgogne et le Beaujolais, 6,1 % dans les deux cas. En volume, la région achète ces vins presque dans les proportions où la France les produit.
En valeur, ils pèsent moins que dans l'ensemble des exportations : Bordeaux fait 11,6 % de la valeur exportée vers l'Amérique latine, contre 19,0 % toutes destinations ; la Bourgogne et le Beaujolais, 10,3 % contre 14,5 %. Le bordeaux exporté vers la région est déclaré à 10,7 euros le litre, contre 14,4 en moyenne ; le bourgogne, à 18,3 contre 21,5.
Le Rhône, la Loire, le Languedoc et l'Alsace arrivent à peine en Amérique latine
Hors effervescents, la vallée du Rhône (7,1 % de la production), la Loire (5,5 %), le Languedoc-Roussillon (3,0 %) et l'Alsace (1,8 %) pèsent ensemble 17,5 % de la production française. Pour le Rhône et le Languedoc, seuls les rouges et les rosés sont comptés, et pour l'Alsace seuls les blancs : ce sont les seules couleurs que les codes douaniers distinguent à l'export. Ces quatre régions font 11,8 % des exportations en volume, mais seulement 6,2 % de celles destinées à l'Amérique latine, où l'Alsace ne dépasse pas 0,3 %. Ce n'est pas une question de distance : vers les États-Unis et le Canada, elles font 18,4 % des volumes, un peu plus que leur poids dans la production.
Le vin de tous les jours (les IGP, dont le Pays d'Oc, et le Vin de France, sans indication géographique) pèse 43,5 % de la production et 45,3 % des exportations en volume. L'Amérique latine en achète proportionnellement moins : 33,5 % de ses volumes, et seulement 10,4 % de la valeur. Plus de la moitié de la production d'IGP (53 %) vient du Languedoc-Roussillon.
Sur ces vins, la France fait face à des fournisseurs plus proches. En 2025, d'après les douanes latino-américaines suivies par Vinalitica, le Chili était le premier fournisseur de la Colombie (38 % de la valeur importée), de l'Équateur (30 %) et du Costa Rica (23 %) ; l'Espagne, du Mexique (32 %) et du Panama (26 %) ; l'Argentine, du Pérou (35 %) et de l'Uruguay (64 %). La France, elle, est quatrième au Mexique, troisième en Uruguay et cinquième ailleurs.
Le Brésil et le Mexique n'achètent pas la même France
Le Brésil est la première destination latino-américaine en volume (6,2 millions de litres par an). Il achète du vin de tous les jours dans la même proportion que la France en produit : les IGP et le Vin de France font 43,4 % de ses volumes. Bordeaux et Bourgogne en font 26,6 %, les bulles 21,3 %, mais les autres appellations régionales (Rhône, Loire, Languedoc, Alsace, Provence, Sud-Ouest…) seulement 8,6 %, contre 26,8 % de la production.
Le Mexique (3,3 millions de litres par an) est à l'autre extrême : le champagne y fait 26,4 % des volumes, les bulles 34,5 % au total, les IGP et le Vin de France 24,8 %. Les deux pays restent presque aussi loin du profil de la production que l'ensemble de la région, pour des raisons opposées.
Chaque région du monde achète sa propre France
Pour comparer les destinations, Vinalitica a calculé un écart entre le profil de leurs achats et celui de la production française. Il vaut 0 % quand les exportations vers une région reflètent exactement le profil de la production, et augmente à mesure qu'elles s'en éloignent. Les mousseux sans appellation sont comptés avec le Vin de France, que les déclarations de récolte ne permettent pas de séparer.
Les achats les plus proches du profil de la production se trouvent en Suisse (10 %), en Belgique (13 %) et au Canada (18 %). L'ensemble des exportations françaises affiche un écart de 20 %. Avec 35 %, l'Amérique latine s'en éloigne davantage que le Royaume-Uni (24 %), les États-Unis (28 %) et le Moyen-Orient (29 %). Seules l'Asie, l'Afrique et la Russie s'en éloignent plus.
Chaque région s'en éloigne à sa façon : l'Allemagne et les Pays-Bas achètent surtout du vin de tous les jours (IGP et Vin de France y font 68 % et 74 % des volumes). La Chine et le Japon se concentrent sur Bordeaux et la Bourgogne (48 % et 38 %), Singapour sur les bulles (71 % de ses volumes). En Amérique latine, comme en Asie du Sud-Est et en Océanie, les effervescents dépassent 30 % des volumes.
Les maisons du Rhône, du Languedoc et de la Loire ont déjà des importateurs clients
Les régions presque absentes ont déjà des clients en Amérique latine, d'après les douanes suivies par Vinalitica sur les douze derniers mois disponibles (Mexique, Colombie, Pérou, Équateur, Costa Rica, Panama et Uruguay ; l'année 2024 au Brésil ; les douze mois clos en avril 2024 en Bolivie). Ainsi, 71 importateurs, répartis sur 8 marchés, ont acheté à au moins une des 42 maisons de la vallée du Rhône présentes en Amérique latine. Les 33 maisons du Languedoc-Roussillon en comptent 58 et les 50 de la Loire 47, contre 126 pour celles de Bordeaux et 116 pour celles de Bourgogne et du Beaujolais.
Ces chiffres rattachent les importateurs à la maison qui les fournit, tous ses vins confondus, et rangent chaque maison selon son adresse. Une maison du Rhône peut aussi exporter des vins d'autres régions, et un négociant, des vins d'une région autre que celle de son siège.
Pour une maison française, tout dépend de sa région et de ses vins
Pour une maison française, la question n'est pas de savoir si l'Amérique latine achète du vin français, mais quelle France elle achète. Celle qui produit du champagne, des effervescents ou du bordeaux s'inscrit dans un courant déjà établi. Celle du Rhône ou de la Loire y croise peu de maisons de sa région, mais y affronte la concurrence du Chili, de l'Espagne ou de l'Argentine sur le vin de tous les jours.
Certaines ont déjà ouvert la voie : M. Chapoutier, dans la vallée du Rhône, a eu pour clients, sur les douze derniers mois, neuf importateurs de cinq marchés (Brésil, Costa Rica, Équateur, Mexique et Panama). Dans Vinalitica, le profil export de chaque maison détaille ses importateurs, marché par marché : de quoi mesurer sa position face aux autres maisons de sa région.
Méthode. Sources : déclarations de récolte et exportations enregistrées par la douane française, traitées par Vinalitica. La production est la moyenne des déclarations de récolte 2022, 2023 et 2024 ; elle couvre les vins d'appellation, d'indication géographique et sans indication géographique, hors eaux-de-vie. Les exportations sont la moyenne annuelle 2023-2025, en litres et en euros. Les catégories regroupent les codes de la nomenclature combinée. L'écart au profil de la production additionne, catégorie par catégorie, les différences de parts en volume entre les exportations vers une région et la production, puis divise le total par deux : 0 % pour un profil identique, 100 % pour deux profils sans aucun point commun. Dans la production, les appellations régionales sont regroupées par département : Bordeaux (Gironde) ; Bourgogne et Beaujolais (Côte-d'Or, Saône-et-Loire, Yonne et Rhône) ; vallée du Rhône (Vaucluse, Drôme, Ardèche, Gard et Loire) ; Languedoc-Roussillon (Aude, Hérault, Pyrénées-Orientales et Lozère) ; Alsace (Haut-Rhin, Bas-Rhin et Lorraine). Comme dans les codes douaniers de l'export, seuls les rouges et les rosés sont rattachés à la vallée du Rhône et au Languedoc-Roussillon, et seuls les blancs à l'Alsace : leurs autres couleurs sont comptées dans les autres appellations, dans la production comme à l'export. Les effervescents viennent des déclarations par appellation et sont retirés de leur région : champagne, crémants, Clairette de Die, Blanquette de Limoux, mousseux de Saumur, de Vouvray et autres, vins déclarés mousseux en IGP et sans IG. Pour le champagne, la déclaration par appellation (2,51 millions d'hectolitres par an, réserve comprise) remplace le décompte par département (2,38 millions). Les mousseux élaborés à partir de vins sans indication géographique ne s'isolent pas dans les déclarations de récolte. La France exporte plus de Vin de France qu'elle n'en déclare à la récolte (déclassements, assemblages, stocks). Les vins étrangers réexportés par la France sont exclus. Amérique latine et Caraïbes : 44 destinations avec des exportations enregistrées, hors Saint-Barthélemy, collectivité française. Sans les îles des Caraïbes (4,5 des 18,4 millions de litres exportés chaque année), les résultats changent peu : 35 % d'effervescents, 5,9 % pour les quatre régions et un écart de 35 % au profil de la production. Le pays de destination déclaré n'est pas toujours la destination finale du vin. Importateurs : douanes d'importation traitées par Vinalitica. Chaque maison est rangée selon son adresse, et chaque importateur compté une fois par région, tous les vins de la maison confondus.
Voir aussi : Rapport mensuel des exportations de vin argentin · Bodegas et marques exportatrices
← Retour au blog