La relève : le Brésil est à 27 millions de dollars de devenir le marché nº 1 du vin argentin
L'écart de 12 mois entre les États-Unis et le Brésil était de 129 M US$ fin 2022. Il est aujourd'hui de 26,8 M US$, le plus faible de toute la série. Le croisement n'est plus impensable — mais la relève a un coût, et d'autres gagnants.
Juillet 2026 a laissé une photo qui semblait impossible il y a deux ans : le Brésil a été la première destination du mois, avec 23,4 % du FOB exporté, devant les États-Unis. Un mois ne fait pas une tendance — mais cette fois, le mois n'est pas seul. La série en fenêtres glissantes de 12 mois raconte la même histoire depuis plus d'un an : le marché nº 1 historique du vin argentin rétrécit, son remplaçant grandit sans pause, et la distance entre les deux est aujourd'hui la plus faible depuis le début de nos registres.
Les deux mâchoires
L'écart ne s'est pas refermé par accident : les deux courbes travaillent en sens contraire depuis deux ans. Côté nord-américain, la fenêtre de 12 mois est passée de 238 M US$ fin 2022 à 141,5 M US$ aujourd'hui. Il y a eu un rebond — le pic local de 193,9 M US$ en mars 2025, juste avant les annonces tarifaires américaines d'avril 2025 — puis une baisse continue de −27 %. Côté brésilien, le creux date de mars 2024 : 90,3 M US$. Depuis, vingt-huit mois de hausse quasi continue jusqu'aux 114,7 M US$ actuels : +27 %, sans un seul recul significatif.
Résultat : un écart — toujours en FOB cumulé de 12 mois — de 128,8 M US$ en décembre 2022, encore de 92,9 M US$ en mars 2025, et d'à peine 26,8 M US$ fin juillet 2026 — le minimum absolu de la série. Sur les treize derniers mois, la distance s'est réduite de 62 M US$. Nous ne projetons pas de croisement : nous montrons la vitesse. Chaque lecteur peut faire son calcul.
La même histoire, vue mois par mois, ajoute une couche que les fenêtres glissantes cachent : la saisonnalité. Dans la grille ci-dessous, chaque cellule est un mois et la couleur mesure la part de chacun dans la paire É-U + Brésil. Seules quatre cellules de toute la série dépassent 50 % pour le Brésil : juin 2024 (50,6 %, la première de l'histoire), août 2025, juin 2026 et juillet 2026 (56,7 %, le record) — trois des quatre au cours des douze derniers mois. Et le calendrier pèse : les pics brésiliens tombent presque toujours entre juin et août, l'hiver austral, tandis que décembre-février reste, chaque année, la période la plus américaine de la série.
La relève n'est pas neutre : chaque dollar qui migre vaut moins au litre
Si le Brésil finit par prendre la première place, le vin argentin n'aura pas seulement changé de drapeau sur le podium. Il aura changé de métier. Sur les 12 derniers mois, les États-Unis ont payé en moyenne 4,23 US$ le litre ; le Brésil, 3,50 US$. La part premium — les expéditions à 7 dollars le litre ou plus — représente 31 % du FOB vers les États-Unis, contre 20,6 % vers le Brésil. Le marché qui monte achète surtout le cœur de gamme argentin ; celui qui descend était aussi sa vitrine de prix élevés.
Cette différence structurelle est la clause en petits caractères de la relève : remplacer des dollars américains par des dollars brésiliens soutient le volume, mais comprime le prix moyen du pays. Ce n'est pas une raison de bouder le Brésil — c'est la raison pour laquelle le secteur ne peut pas se permettre de perdre tout à fait la vitrine nord-américaine.
Un marché qui couronne d'autres joueurs
L'autre visage de la relève, c'est qui gagne sur chaque terrain. Le Brésil est un marché moins concentré que les États-Unis : sur les 12 derniers mois, les cinq premières bodegas y pèsent 26,6 % du FOB, contre 36,4 % côté américain, avec 376 bodegas argentines actives sur cette période. Et les protagonistes ne sont pas les mêmes : en juillet, la première bodega au Brésil a été Mosquita Muerta Wine (10,8 % du mois), quand Catena Zapata domine aux États-Unis (16,6 %). Pour une bodega moyenne, il y a objectivement plus d'espace pour grandir à São Paulo qu'à New York.
En treize mois, l'écart de 12 mois entre le premier et le deuxième marché du vin argentin est passé de 90 à 27 M US$. Le croisement n'est plus une hypothèse lointaine : c'est une distance que la série mesure mois après mois.Analyse Vinalitica
Ce que nous allons surveiller
Trois signaux pour les prochains mois. Un : août aux États-Unis — le tarif de 10 % a été fixé le 24 juillet ; l'incertitude levée, on verra si les importateurs américains relancent leurs commandes ou si la baisse dépasse le bruit tarifaire. Deux : si le Brésil maintient des fenêtres de 12 mois au-dessus de 110 M US$, ce qu'il n'avait plus fait depuis 2022. Trois : le prix — si la croissance brésilienne commence à monter en gamme (20,6 % de premium+ aujourd'hui) ou se consolide comme marché de volume. La série est mise à jour chaque mois dans notre rapport.
Méthodologie : registres douaniers argentins traités par Vinalitica ; fenêtres glissantes de 12 mois ; série depuis décembre 2022. Les deux marchés sont mesurés avec la même source et la même méthode (base comparable ; les registres ne sont pas exhaustifs). Les données de juillet 2026 sont provisoires. Les moyennes au litre sont calculées sur le FOB déclaré.