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Análisis

Vin argentin : un premier semestre 2026 en trompe-l'œil

327,6 M US$ (+2,3 %) et des volumes en hausse de 12 % : derrière un semestre d'apparence étale, les lignes ont bougé pour de bon — le vrac a fait son retour en Europe, le Brésil s'est imposé comme moteur de la croissance, les États-Unis ont continué de freiner et les grandes signatures ont cédé du terrain.

VI
Vinalitica9 min de lecture
Vin argentin : un premier semestre 2026 en trompe-l'œil

Le premier semestre 2026 laisse au vin argentin un paradoxe inconfortable : le meilleur début d'année depuis 2022 en valeur — 327,6 millions US$, +2,3 % sur un an — avec la bouteille, cœur du métier, exactement là où elle était il y a un an. Sous cette surface presque immobile, le semestre a pourtant été tout sauf ennuyeux : le volume a bondi de +12 %, le vrac a rouvert des marchés européens qui étaient à zéro, le Brésil s'est affirmé comme moteur de la croissance pendant que les États-Unis continuaient de peser, et une étiquette exportée depuis trois trimestres à peine facture déjà, cap sur le Royaume-Uni, plus que bien des marques historiques. Voici le bilan, chiffre par chiffre.

327,6 M US$
FOB premier semestre · +2,3 %
105,7 M l
Volume exporté · +12,0 %
3,10 US$/l
Prix moyen · −8,6 %
+57 %
Vrac, en litres vs S1 2025

Un semestre en crescendo

L'année a mal commencé. Janvier a cumulé un volume faible et le prix moyen le plus bas du semestre — 2,84 US$ le litre — et février est resté sous son niveau de l'an dernier, en valeur aussi. À partir de mars, le ton change : mars, avril et juin dépassent le même mois de 2025 (seul mai reste légèrement en dessous), avril signe le point haut du semestre à 62,1 M US$ et juin clôt à 62,3 M US$ avec un prix moyen revenu à 3,51 US$/l — exactement le niveau de juin dernier. Le cumul raconte en réalité deux histoires : un premier trimestre sous pression, puis un deuxième qui a reconstruit le prix mois après mois.

Exportations mensuelles de vin argentin, valeur FOB en millions d'US$ : 2026 contre 2025. Au survol de chaque point, le prix moyen du mois. Source : Douanes argentines · Vinalitica.

D'où vient la croissance ? Pas de la bouteille. Le vin tranquille conditionné — 89 % du métier — a facturé 290,7 M US$, le même chiffre qu'il y a un an, avec 2 % de litres en moins et un prix en hausse de +2,2 % (4,18 US$/l). L'essentiel de la progression du semestre vient des formats secondaires : le vrac a ajouté 5,5 M US$ (+26 %), le mousseux 1,5 M US$ (+19 %) et le bag-in-box a doublé ses litres. Le prix moyen général est tombé à 3,10 US$ non parce que le vin argentin se vend moins cher, mais parce que le mix a changé : la part du vrac dans les volumes embarqués a bondi. Mention à part pour une catégorie que nous suivons désormais séparément : le vin sans alcool — encore marginal, environ 40 000 US$ sur le semestre — mais dont la liste de destinations s'élargit déjà : États-Unis, Royaume-Uni, Brésil.

Les cartes rebattues : le Brésil accélère, les États-Unis freinent encore

Les États-Unis restent le premier marché — 73,3 M US$ sur le semestre — mais aussi le grand frein : −12,7 % sur un an, avec un janvier famélique à 8,8 M US$, le pire mois de ce marché depuis deux ans. La seule bonne nouvelle est arrivée sur la fin : au deuxième trimestre, le marché est repassé en croissance (+4,1 %), premier signal positif après douze mois à −20,8 % en cumul. Le Brésil, lui, ne montre aucun signe de fatigue : 54,3 M US$ (+17,7 %), le marché qui a le plus apporté au semestre — environ 8 M US$ supplémentaires —, avec Trivento, Mosquita Muerta et le mousseux en fers de lance. Le Royaume-Uni suit (+11,4 %) avec une signature reconnaissable entre toutes : beaucoup de litres à 1,96 US$ de moyenne, la marque du vrac.

Les dix premières destinations du semestre, par valeur FOB (millions d'US$) et variation annuelle. En vert, les marchés en croissance. Source : Douanes argentines · Vinalitica.

Le cas canadien mérite qu'on s'y arrête : +14,2 % en cumul, mais la dynamique s'est inversée en route — un début d'année très fort, puis un net coup de froid au deuxième trimestre (−11,3 %). Le ventre mou du classement, lui, vire au rouge : Colombie −20,1 %, Pérou −10,5 %, Mexique −6,2 %, Pays-Bas −4,2 %. La France (+9,5 %) est un cas à part : son chiffre respire au rythme des expéditions haut de gamme de Cheval des Andes — rares dans l'année, mais massives —, un schéma qu'il faut connaître avant d'interpréter ses variations.

Le vrac est revenu — et il est revenu en Europe

C'est la donnée structurelle du semestre : 33,7 millions de litres de vin en vrac, +57 % sur un an, à 0,79 US$ le litre en moyenne. Le Royaume-Uni, acheteur historique, a absorbé l'essentiel du bond (de 14,3 à 17,8 millions de litres). Mais la nouveauté est sur le continent, et ce n'est pas un détail : l'Allemagne a acheté en six mois (4,2 millions de litres) plus qu'en aucune année complète de notre série, l'Espagne a plus que doublé en un semestre sa meilleure année entière depuis 2022 (1,7 million de litres) et le Portugal, sans un seul achat de vrac argentin dans notre série, a pris un million de litres. L'explication est du côté de l'offre : selon les premières estimations de l'OIV, la récolte européenne 2025 est l'une des deux plus basses du siècle — l'Espagne traverse sa troisième année consécutive de sécheresse sévère, avec l'une de ses plus petites vendanges en plusieurs décennies, et le Portugal a subi un climat erratique de bout en bout. Chais européens dégarnis aidant, le litre argentin à 0,79 US$ est redevenu compétitif.

Vin en vrac : litres exportés par destination, premier semestre 2025 contre 2026 (millions de litres). Source : Douanes argentines · Vinalitica.

Le revers est connu — le vrac tire le prix moyen vers le bas et ne construit pas de marque —, mais ce semestre apporte une précision qui compte : la bouteille ne s'est pas bradée. Le tranquille conditionné a amélioré son prix de +2,2 %, et la moyenne générale s'est reconstituée mois après mois jusqu'à finir juin au niveau d'il y a un an. Dans ce tableau, le vrac vient s'ajouter à une base bouteille stable ; il ne s'y substitue pas.

Marques : les grandes signatures cèdent du terrain

Au classement des bodegas, le semestre n'a qu'un grand gagnant : Trivento, +34 % à 16,6 M US$, porté par son double pari britannique — bouteille et vrac. Catena Zapata reste loin devant (34,3 M US$, le double du deuxième) mais cède −7,4 % ; Luigi Bosca (+15,8 %) et Salentein (+9,3 %) progressent avec constance ; Norton (−10,8 %) et Finca Las Moras (−17,5 %) paient la faiblesse de leurs marchés clés.

L'histoire la plus intéressante se joue pourtant côté étiquettes. Trivento Private Reserve, exportée depuis septembre 2025 — avec près de 90 % de son chiffre cap sur le Royaume-Uni —, a facturé 4,1 M US$ sur son premier semestre complet, plus que bien des marques installées de longue date. Cheval des Andes gagne +65,6 % à son rythme habituel de rares grosses expéditions. En face, les marques emblématiques reculent en bloc : CATENA −22,4 %, TRIVENTO classique −29,3 %, LAS MORAS −20,4 %, ALAMOS −4,2 %. Kirkland Signature — l'étiquette que Trapiche embouteille pour la grande distribution nord-américaine — termine le semestre stable (−1,1 %), malgré un deuxième trimestre qui a triplé celui de l'an dernier. Une nuance avant de lire ces baisses comme un effondrement : une partie peut tenir au ré-étiquetage douanier. Bodega Catena Zapata facture depuis novembre 2,3 M US$ sous un intitulé nouveau dans les registres — CATENA APP —, au moment même où sa marque mère recule. Les données ne disent pas s'il s'agit de volume nouveau ou de volume qui voyageait auparavant sous CATENA ; elles permettent en revanche de calculer qu'en additionnant cet intitulé, le recul de la marque mère passe de −22 % à environ −6 %. La tendance de fond tient : la croissance se concentre sur une poignée de paris ciblés, pas sur les emblèmes.

Malbec : toujours plus de litres, toujours moins d'argent

Les données variétales de l'INV mettent des chiffres sur une tension que la filière connaît bien : le Malbec a exporté +3,6 % en litres et facturé −4,8 %. Son prix moyen est passé de 3,44 à 3,16 US$ le litre en un an. Le Malbec pesant près des deux tiers du marché variétal, cette érosion compte plus que tout le reste réuni. La croissance est venue des seconds rôles : Cabernet Sauvignon +16,7 %, assemblages rouges +33,7 %, Cabernet Franc +25,8 % (avec +39 % en litres : il change d'échelle), Pinot Noir +15,1 %, et un Chardonnay qui a réussi le plus difficile — croître de +9,9 % en montant son prix. Le Torrontés, lui, perd −20,5 % : côté blancs, le signal du semestre n'est pas venu du cépage emblématique, mais du Chardonnay.

La croissance du semestre s'est faite par les extrêmes : vrac compétitif d'un côté, segment super premium de l'autre. Entre les deux, la bouteille populaire à marque propre cherche un second souffle.Analyse Vinalitica

Ce qu'il faut suivre

Trois choses à surveiller au second semestre. Un : si les États-Unis confirment le signal du deuxième trimestre ou repartent en baisse — c'est le marché qui décide du résultat annuel. Deux : la durée de la fenêtre européenne du vrac ; si l'Allemagne, l'Espagne et le Portugal continuent d'acheter, 2026 peut finir sur le plus gros volume exporté depuis des années. Trois : le prix du Malbec, qui érode déjà la valeur des deux tiers du marché variétal — chaque point perdu là coûte plus que ce qu'apportent toutes les variétés émergentes réunies. La suite dira si ce semestre n'était qu'une parenthèse — ou le début d'un nouveau régime.

Les données de cet article, actualisées chaque moisLe rapport mensuel Vinalitica détaille marchés, bodegas, marques, cépages et prix, avec comparables annuels et analyse de chaque mouvement.Voir le rapport mensuel
Le trimestre, section par sectionLe rapport du deuxième trimestre 2026 ajoute les flux qui gagnent et perdent le plus, la régularité trimestrielle de chaque bodega et les entrées et sorties de la période.Voir le rapport T2 2026

Note de méthode. Chiffres d'exportation : déclarations des douanes argentines traitées par Vinalitica (valeur FOB en US$ ; premier semestre = janvier–juin ; le vrac correspond à la position HS 220429, le mousseux à la 220410 ; notre série douanière couvre 2022–2026). Cépages : INV, rapports mensuels des vins de cépage (juin 2026 provisoire, sujet à révision). Contexte de récolte européenne : OIV, premières estimations de la production mondiale 2025 (novembre 2025). Toutes les variations sont annuelles, contre la même période de 2025. Prix moyen = FOB divisé par les litres.

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